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UNE PETITE CROISIERE
EN
BALTIQUE

Août 2006

Par un samedi assez maussade, nous nous retrouvons dans la partie « marina » du port d’Aabenraa, au Sud-Est du Danemark continental pour faire connaissance avec « Storm Queen », un Bavaria 36 de location, notre gîte pour la semaine à venir. Rolf et Johanna s’affairent avec le propriétaire (visite des lieux et explication des (trop ?) nombreux accessoires du bord), tandis que les Cassells, très efficacement secondés par leur nièce et cousine Julia se chargent de l’embarquement des bagages et de l’avitaillement.

Tout cela nous prend jusqu’à 17h, et enfin, nous appareillons ! Les places de port au Danemark sont installées « nez au ponton », avec deux gros poteaux d’amarrage à l’entrée de la place. Petite difficulté, ces places ont été établies il y a une vingtaine d’années, époque de bateaux plus courts et surtout plus fins que notre gros salon flottant… Rolf et Johanna s’en sortent avec maestria, le moteur ronronne, on jette à peine un coup d’œil à la centrale thermique dont les vapeurs alimentent un ciel déjà lourd, en route vers Dyvig, première escale, où nous arrivons après une alternance de grains et de lumières magnifiques qui vont (presque) nous poursuivre pendant les trois premiers jours de navigation.
 

Arrivée à Dyvig, rendez-vous de nombreux voiliers, la soirée se passe autour d’un cassoulet, importation directe du marché Victor Hugo à Toulouse, accompagné d’un Merlot du Pays d’Oc, venu en voisin. Première nuit à bord de ce confortable esquif, par cabines de deux (malgré les 11m50 de l’engin, on n’a quand même droit qu’à une couchette double et à un petit demi m2 pour l’habillage et le déshabillage), mais aussi à l’eau chaude ou froide sous pression, au frigo, aux 220 volts (au port, quand on est raccordé au secteur)). Le bateau, très bien conçu pour la croisière et parfaitement entretenu après trois saisons de location, sera apprécié de tous.

Au matin, après une nuit d’un calme parfait, toilette aux sanitaires de ce joli port (le bateau est bien équipé pour tout ça, mais 300l d’eau sont très vite partis) et escapade
pour Charles sur les routes paisibles de ce pays doux (vous connaissez encore beaucoup d’endroits où le fermier du coin propose ses légumes sous un auvent, une petite caisse recueillant les paiements, la confiance est là …).
Appareillage sous vents variables et ciels changeants, nous faisons route vers Faaborg, où nous arrivons par vent fort. Nous trouvons une place bien abritée au fond du port (les titulaires des places mettent un signal vert au ponton s’ils libèrent la place pour plusieurs jours) et nous installons… Le lendemain, la situation n’a guère changé : vent bien établi de 6 à 7 Beaufort, pluie quasi continuelle. Nous prenons patience en cuisinant (fricassée de volaille au curry etc.) et en visitant la petite ville –on en a vite fait le tour !

 


Mardi : temps toujours changeant, vent fort, mais des éclaircies : on appareille ! Début de traversée sous gènois seul, nous sommes au portant ; la grosse baignoire, comme Charles l’appelle, marche bien, 6,5 à 7 nœuds, pas de quoi se plaindre ! Un petit arrêt au mouillage, le temps d’apprécier l’échelle de bain, les méduses de la Baltique et la douche (chaude !) de la plage arrière et nous repartons.

Maintenant, nous prenons l’étroit chenal vers Aeroskobing : toujours 18m/s de vent (force 6 à 7), mais pile dans le nez ! Le moteur ronfle à nouveau et nous emmène vers l’île d’Aero à bonne vitesse. Rolf tient bon la barre, les « matelotes » du bord font leur « quart bannette », tout va bien…

Le bateau tape un peu dans les vagues levées par le vent, mais en l’absence de houle, la traversée se passe sans histoires. Quelques arrosages salés plus loin (pour ceux qui sont restés dans le cockpit), nous accostons à Aeroskobing. Le village est on ne peut plus charmant avec ses maisons de poupée multicolores, c’est un peu le Bréhat de la Baltique : très bien fréquenté, l’endroit semble un refuge assez chicos avec pensions, restaurants et autres « Bed & Breakfast » de charme, on ne saurait accuser les amateurs d’avoir mauvais goût !

 

Parmi les plaisirs du lieu, nous dégustons des bouquets fraîchement fumés, un délice ! Encore une bonne nuit à quai (« C’est fou ce qu’on dort bien en croisière !!! - Alors qu’on ne fait pas grand’ chose ! » –dixit Claire !).

Mercredi, après un ptit dèj’ au soleil dans le cockpit, départ pour contourner Aero par l’Est et amorcer notre retour vers le continent, la météo (il y a un décodeur numérique à bord, Rolf demande les prévisions pour notre zone par SMS et nous écoutons la radio) qui nous annonçait une bascule du vent vers le Sud Est, ne se confirme pas… Au moment où Charles commençait la préparation d’œufs au bacon, Rolf annonce : « Escale à Marstal ! ». Les oeufs sont mis au repos, on attendra quelques instants pour les déguster. La croisière, c’est quand même surtout les escales, celle-ci est particulièrement appréciée, même si le petit port offre un aspect d’abord moins charmant qu’Aeroskobing. Mais c’est aussi un port vivant, l’arrivée des ferries rythmant les journées, les pêcheurs (à moins qu’il ne s’agisse de figurants payés par l’Office du tourisme) ramendent leurs filets à harengs sur le port, et les grands voiliers « à l’ancienne » - en majorité néerlandais, déposent leurs équipages de charter -à majorité allemande- pour une visite des rues, ma foi fort agréables.

               

 Pour nous, ce sera baignade, de l’autre côté du cordon dunaire qui abrite le port et ses Optimist qui font la nique aux croiseurs qui essaient d’accoster discrètement, comme Claire pourra l’observer du cockpit pendant l’après-midi. L’endroit est, encore une fois, charmant, avec des cabines de bains qui se donnent des allures de chaumières aux couleurs nationales danoises, battant bien sûr le « Dannebrog » bien haut sur son mât ; malgré le petit vent frais et les vagues de même tendance, Rolf n’y résiste pas et prend son premier bain de mer depuis… des années, apparemment ! Il sera récompensé (tout comme nous tous) par un fameux hot dog danois, dont on nous parlait depuis le début de la croisière… et nous ne sommes pas déçus : une saucisse rouge vif côtoie des oignons frais, des cornichons, du ketchup, des oignons grillés, des sauces mystérieuses, bref, une expérience inoubliable !

     


 

La journée se termine de manière idyllique par une grillade au soleil couchant, près des pontons (hareng et saumon, plus une salade de pommes de terre « A la Rolf », exquise, au menu), et un retour aux couchettes pour une nuit tranquille.

Jeudi, appareillage pour une étape plus conséquente que les précédentes, nous faisons partie de nombreux voiliers qui prennent le chenal vers le Sud, avant de faire cap à l’Ouest vers Sonderborg.

 

 

Le soleil est là,
le vent –modéré- aussi, tout va bien ! Claire prend la barre, Rolf et Charles tangonnent le gènois (il n’y a pas de spi à bord), nous laissons bientôt loin derrière les goëlettes et autres bricks de charter qui malgré leur fière silhouette sur l’eau, n’ont pas, loin de là, les performances de La Cancalaise. Celle-ci s’en donnerait à cœur joie dans ces conditions de navigation : vent agréable, mer plate, il faudra décider l’ABC à prévoir une croisière en Baltique !

Le temps passe doucement, les Fifilles font du farniente sur la plage avant, on écoute le bruissement de l’eau, on se laisse aller à une bonne sieste… La vie de marin, c’est dur !
On approche lentement de Sonderborg, avec un arrêt baignade tout de même, malgré les nombreuses méduses (inoffensives) qui palpitent dans ces eaux qui une fois encore refuseront de nous donner le moindre poisson au bout de la ligne ! Peu importe, après une tentative tout aussi infructueuse de contact de la part de Charles qui avait courageusement rejoint la côte à la nage pour faire du troc de verroteries avec les indigènes, nous nous résignons à lever l’ancre…


Arrivée dans ce port qui a un air plus animé que les précédents… C’est un port qui donne accès au Nord de la Baltique par un étroit chenal que nous emprunterons demain, à l’heure de l’ouverture du pont, rythmée par les carillons de l’horloge de l’église de la ville. Pour l’instant, il s’agit de trouver un poste d’amarrage pour la nuit, et ce n’est pas une mince affaire ! Un ketch en acier se prélasse à quai, juste sous le château (endroit convoité), mais le skipper répond dédaigneusement à la demande bien légitime de Rolf qui souhaite nous amarrer à couple, par un signe négatif de la tête… merci l’esprit marin ! La revanche (peut-être) sera obtenue le soir même lorsque ledit skipper devra (il n’y a plus de places à quai) accepter la présence d’un bateau -école de croisière dont les 15 équipiers lui auront –espérons-le- fait passer une très mauvaise nuit !

Vendredi, Johanna, Rolf et le Charles partent à la recherche de pain frais… Achats faits, on approche les quais, il est 8h 58, le carillon de la ville égrène ses notes un peu aigres, rapide conciliabule entre nous 3, on appareille !

9 heures précises, le Storm Queen a quitté son poste et s’approche du pont-levant, entouré de petits croiseurs de la Marine allemande (à qui on ne confierait pas un bateau-lavoir, à les voir manoeuvrer à la voile devant un gros trois-mâts qui devra in extremis s’écarter pour leur laisser la place!).

Nous remontons au vent portant ce chenal assez étroit qui nous mène à Augustenborg, petit port sans aucun intérêt, SAUF que c’est là que Johanna et Rolf se sont mariés dans la plus stricte intimité (il n’y avait que leurs 2 mamans, c’est-y pas mignon ?). Après quelques instants de recueillement, un hot dog et le plein de diesel, on repart pour Aabenraa, vent toujours favorable ; nos deux tourtereaux du bord revoient leur « Aquila », bateau des vacances de l’an dernier, qui malgré quelques cm de coque en moins, marche très fort.

        

Nous arrivons tranquillement à notre port de départ, sous une pluie torrentielle…
Le lendemain, samedi, nous quittons notre grosse maison de plastique, le débarquement sera plus rapide que l’opération inverse, une semaine mémorable s’achève !!!

FIN


Avec :

A la barre : JOHANNA et ROLF

A l’organisation générale, logistique, commandement, etc. : CLAIRE

Aux bannettes : les FIFILLES, alias JULIA et MARIANNE

Au poste de sieste et au clavier : CHARLES