| Par un samedi assez maussade,
nous nous retrouvons dans la partie « marina » du port d’Aabenraa, au
Sud-Est du Danemark continental pour faire connaissance avec « Storm Queen
», un Bavaria 36 de location, notre gîte pour la semaine à venir. Rolf et
Johanna s’affairent avec le propriétaire (visite des lieux et explication
des (trop ?) nombreux accessoires du bord), tandis que les Cassells, très
efficacement secondés par leur nièce et cousine Julia se chargent de
l’embarquement des bagages et de l’avitaillement.
Tout
cela nous prend jusqu’à 17h, et enfin, nous appareillons ! Les places de
port au Danemark sont installées « nez au ponton », avec deux gros poteaux
d’amarrage à l’entrée de la place. Petite difficulté, ces places ont été
établies il y a une vingtaine d’années, époque de bateaux plus courts et
surtout plus fins que notre gros salon flottant… Rolf et Johanna s’en
sortent avec maestria, le moteur ronronne, on jette à peine un coup d’œil à
la centrale thermique dont les vapeurs alimentent un ciel déjà lourd, en
route vers Dyvig, première escale, où nous arrivons après une alternance de
grains et de lumières magnifiques qui vont (presque) nous poursuivre pendant
les trois premiers jours de navigation.
Arrivée à Dyvig, rendez-vous de nombreux
voiliers, la soirée se passe autour d’un cassoulet, importation directe du
marché Victor Hugo à Toulouse, accompagné d’un Merlot du Pays d’Oc, venu en
voisin. Première nuit à bord de ce confortable esquif, par cabines de deux (malgré
les 11m50 de l’engin, on n’a quand même droit qu’à une couchette double et à
un petit demi m2 pour l’habillage et le déshabillage), mais aussi à l’eau
chaude ou froide sous pression, au frigo, aux 220 volts (au port, quand on
est raccordé au secteur)). Le bateau, très bien conçu pour la croisière et
parfaitement entretenu après trois saisons de location, sera apprécié de
tous.
Au matin, après une nuit d’un calme parfait, toilette aux sanitaires de ce
joli port (le bateau est bien équipé pour tout ça, mais 300l d’eau sont très
vite partis) et escapade
pour Charles sur les routes paisibles de ce pays doux (vous connaissez
encore beaucoup d’endroits où le fermier du coin propose ses légumes sous un
auvent, une petite caisse recueillant les paiements, la confiance est là …).
Appareillage sous vents variables et ciels changeants, nous faisons route
vers Faaborg, où nous arrivons par vent fort. Nous trouvons une place bien
abritée au fond du port (les titulaires des places mettent un signal vert au
ponton s’ils libèrent la place pour plusieurs jours) et nous installons… Le
lendemain, la situation n’a guère changé : vent bien établi de 6 à 7
Beaufort, pluie quasi continuelle. Nous prenons patience en cuisinant (fricassée
de volaille au curry etc.) et en visitant la petite ville –on en a vite fait
le tour !


Mardi : temps toujours changeant, vent fort, mais des éclaircies : on
appareille ! Début de traversée sous gènois seul, nous sommes au portant ;
la grosse baignoire, comme Charles l’appelle, marche bien, 6,5 à 7 nœuds,
pas de quoi se plaindre ! Un petit arrêt au mouillage, le temps d’apprécier
l’échelle de bain, les méduses de la Baltique et la douche (chaude !) de la
plage arrière et nous repartons.
Maintenant, nous prenons l’étroit chenal vers Aeroskobing : toujours 18m/s
de vent (force 6 à 7), mais pile dans le nez ! Le moteur ronfle à nouveau et
nous emmène vers l’île d’Aero à bonne vitesse. Rolf tient bon la barre, les
« matelotes » du bord font leur « quart bannette », tout va bien…
 Le
bateau tape un peu dans les vagues levées par le vent, mais en l’absence de
houle, la traversée se passe sans histoires. Quelques arrosages salés plus
loin (pour ceux qui sont restés dans le cockpit), nous accostons à
Aeroskobing. Le village est on ne peut plus charmant avec ses maisons de
poupée multicolores, c’est un peu le Bréhat de la Baltique : très bien
fréquenté, l’endroit semble un refuge assez chicos avec pensions,
restaurants et autres « Bed & Breakfast » de charme, on ne saurait accuser
les amateurs d’avoir mauvais goût !
Parmi les plaisirs du lieu, nous dégustons
des bouquets fraîchement fumés, un délice ! Encore une bonne nuit à quai («
C’est fou ce qu’on dort bien en croisière !!! - Alors qu’on ne fait pas
grand’ chose ! » –dixit Claire !).
Mercredi, après un ptit dèj’ au soleil dans le cockpit, départ pour
contourner Aero par l’Est et amorcer notre retour vers le continent, la
météo (il y a un décodeur numérique à bord, Rolf demande les prévisions pour
notre zone par SMS et nous écoutons la radio) qui nous annonçait une bascule
du vent vers le Sud Est, ne se confirme pas… Au moment où Charles commençait
la préparation d’œufs au bacon, Rolf annonce : « Escale à Marstal ! ». Les
oeufs sont mis au repos, on attendra quelques instants pour les déguster. La
croisière, c’est quand même surtout les escales, celle-ci est
particulièrement appréciée, même si le petit port offre un aspect d’abord
moins charmant qu’Aeroskobing. Mais c’est aussi un port vivant, l’arrivée
des ferries rythmant les journées, les pêcheurs (à moins qu’il ne s’agisse
de figurants payés par l’Office du tourisme) ramendent leurs filets à
harengs sur le port, et les grands voiliers « à l’ancienne » - en majorité
néerlandais, déposent leurs équipages de charter -à majorité allemande- pour
une visite des rues, ma foi fort agréables.

Pour
nous, ce sera baignade, de l’autre côté du cordon dunaire qui abrite le port
et ses Optimist qui font la nique aux croiseurs qui essaient d’accoster
discrètement, comme Claire
pourra
l’observer du cockpit pendant l’après-midi. L’endroit est, encore une fois,
charmant, avec des cabines de bains qui se donnent des allures de chaumières
aux couleurs nationales danoises, battant bien sûr le « Dannebrog » bien
haut sur son mât ; malgré le petit vent frais et les vagues de même tendance,
Rolf n’y résiste pas et prend son premier bain de mer depuis… des années,
apparemment ! Il sera récompensé (tout comme nous tous) par un fameux hot
dog danois, dont on nous parlait depuis le début de la croisière… et nous ne
sommes pas déçus : une saucisse rouge vif côtoie des oignons frais, des
cornichons, du ketchup, des oignons grillés, des sauces mystérieuses, bref,
une expérience inoubliable !
La journée se termine de manière idyllique
par une grillade au soleil couchant, près des pontons (hareng et saumon,
plus une salade de pommes de terre « A la Rolf », exquise, au menu), et un
retour aux couchettes pour une nuit tranquille.
 Jeudi,
appareillage pour une étape plus conséquente que les précédentes, nous
faisons partie de nombreux voiliers qui prennent le chenal vers le Sud,
avant de faire cap à l’Ouest vers Sonderborg.
Le soleil est là,
le vent –modéré- aussi, tout va bien ! Claire prend la barre, Rolf et
Charles tangonnent le gènois (il n’y a pas de spi à bord), nous laissons
bientôt loin derrière les goëlettes et autres bricks de charter qui malgré
leur fière silhouette sur l’eau, n’ont pas, loin de là, les performances de
La Cancalaise. Celle-ci s’en donnerait à cœur joie dans ces conditions de
navigation : vent agréable, mer plate, il faudra décider l’ABC à prévoir une
croisière en Baltique !
Le temps passe doucement, les Fifilles font du farniente sur la plage avant,
on écoute le bruissement de l’eau, on se laisse aller à une bonne sieste… La
vie de marin, c’est dur !
On
approche lentement de Sonderborg, avec un arrêt baignade tout de même,
malgré les nombreuses méduses (inoffensives) qui palpitent dans ces eaux qui
une fois encore refuseront de nous donner le moindre poisson au bout de la
ligne ! Peu importe, après une tentative tout aussi infructueuse de contact
de la part de Charles qui avait courageusement rejoint la côte à la nage
pour faire du troc de verroteries avec les indigènes, nous nous résignons à
lever l’ancre…
Arrivée dans ce port qui a un air plus animé que les précédents… C’est un
port qui donne accès au Nord de la Baltique par un étroit chenal que nous
emprunterons demain, à l’heure de l’ouverture du pont, rythmée par les
carillons de l’horloge de l’église de la ville. Pour l’instant, il s’agit de
trouver un poste d’amarrage pour la nuit, et ce n’est pas une mince affaire
! Un ketch en acier se prélasse à quai, juste sous le château (endroit
convoité), mais le skipper répond dédaigneusement à la demande bien légitime
de Rolf qui souhaite nous amarrer à couple, par un signe négatif de la tête…
merci l’esprit marin ! La revanche (peut-être) sera obtenue le soir même
lorsque ledit skipper devra (il n’y a plus de places à quai) accepter la
présence d’un bateau -école de croisière dont les 15 équipiers lui auront –espérons-le-
fait passer une très mauvaise nuit !
Vendredi, Johanna, Rolf et le Charles partent à la recherche de pain frais…
Achats faits, on approche les quais, il est 8h 58, le carillon de la ville
égrène ses notes un peu aigres, rapide conciliabule entre nous 3, on
appareille !
9 heures précises, le Storm Queen a quitté son poste et s’approche du
pont-levant, entouré de petits croiseurs de la Marine allemande (à qui on ne
confierait pas un bateau-lavoir, à les voir manoeuvrer à la voile devant un
gros trois-mâts qui devra in extremis s’écarter pour leur laisser la place!).
Nous remontons au vent portant ce chenal assez étroit qui nous mène à
Augustenborg, petit port sans aucun intérêt, SAUF que c’est là que Johanna
et Rolf se sont mariés dans la plus stricte intimité (il n’y avait que leurs
2 mamans, c’est-y pas mignon ?). Après quelques instants de recueillement,
un hot dog et le plein de diesel, on repart pour Aabenraa, vent toujours
favorable ; nos deux tourtereaux du bord revoient leur « Aquila », bateau
des vacances de l’an dernier, qui malgré quelques cm de coque en moins,
marche très fort.

Nous arrivons tranquillement à notre port de départ, sous une pluie
torrentielle…
Le lendemain, samedi, nous quittons notre grosse maison de plastique, le
débarquement sera plus rapide que l’opération inverse, une semaine mémorable
s’achève !!!
FIN
Avec :
A la barre : JOHANNA et ROLF
A l’organisation générale, logistique, commandement, etc. : CLAIRE
Aux bannettes : les FIFILLES, alias JULIA et MARIANNE
Au poste de sieste et au clavier : CHARLES
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